07.09.2009
La voiture électrique, écologique ?
J'avais, il y a quelques semaines, écrit cet article pour un autre blog que le mien, pour un blog collectif. L'article n'étant toujours pas diffusé, à la veille de récupérer mon objet polluant, je l'édite sur mon blog.
Le leasing de mon véhicule actuel touchant à sa fin, je me suis posé la question de reprendre une voiture. Si j'avais habité Paris, je n'aurais eu aucune hésitation : plus de voiture !
Mais j'habite la banlieue, pas très loin de Paris, mais suffisamment pour ne pas disposer de métro et se retrouver le soir avec des bus qui ne circulent plus ou que vous attendez une demi-heure. Se taper vingt-cinq minutes à pieds depuis la gare (pourvu que vous ne ratiez pas le dernier train), sous la pluie ou la neige, voire comme cet hiver dans la neige, à 21h00 quand vous rentrez du boulot, ce n'est pas engageant.
Alors après de longues hésitations, réfléchissant au fait que je rentre souvent tard de Paris (boulot, réunions politiques et autres, et d'ailleurs pas souvent seul car je ramène d'autres banlieusards), j'ai donc décidé de continuer d'utiliser une voiture. Et puis rallier une ville du département à une autre pour nos réunions MoDem, sans voiture, c'est galère. Certes je ne roule pas beaucoup. Alors choisir une voiture électrique ou une hybride ?
Premier problème : ni dans mon parking, ni sur celui de la gare, pas plus qu'à mon travail il n'existe de bornes pour recharger les batteries.
Second problème, et c'est en fait l'objet de mon article, la voiture électrique est-elle tant écologique que cela ?
En France, près de 80% de l'électricité produite provient du nucléaire, donc l'empreinte carbone d'une voiture électrique est moindre qu'une voiture disposant d'un moteur à combustion ou à explosion (diesel ou essence). Mais dans les pays où l'électricité est majoritairement produite par des centrales utilisant les énergies fossiles (pétrole, charbon ou gaz), le rendement de ces centrales étant bien inférieur au rendement des moteurs des voitures actuelles, l'impact carbone de la voiture électrique peut s'avérer supérieur aux voitures classiques. Evidemment si vous troquez une vieille 404 pik-up diesel ou une Ferrari Testa Rossa pour une voiture électrique, vous ferez un geste pour l'environnement...
Par ailleurs, et je me concentre sur notre pays, si la production d'électricité à partir de la technologie nuclaire dégage beaucoup moins de CO et de CO2 que les centrales à énergie fossile, elles présentent d'autres inconvénients :
- Contrairement à ce que prônent EDF et AREVA, nous ne sommes pas à l'abri d'un accident de type Tchernobyl qui serait catastrophique, et les "incidents" des années passées tentent à le prouver. Le parc des centrales nucléaires est d'ailleurs vieillissant.
- Le retraitement des déchets n'est toujours pas au point et nous hypothéquons l'avenir de nos enfants et arrières, arrières petits-enfants, puisque ces déchets seront actifs en termes de radioactivité pendant des milliers d'années et même des millions d'années. Aujourd'hui nous ne savons que les stocker, et encore... pas dans des conditions absolument sûres.
- Ces centrales nécessitent de l'eau pour refroidir leur coeur nucléaire et pompent ainsi d'énormes quantités d'eau dans nos fleuves (Loire, Rhône, Seine, Rhin, Garonne) et nos mers (Manche et Mer du Nord). De plus cette eau est rejetée dans ces mêmes fleuves et mers, où elle est puisée, en aval des centrales. Ceci provoque un réchauffement non négligeable des fleuves et mers, qui a un impact significatif, et négatif, sur la faune et la flore de ces milieux aquatiques.
Je ne suis pas un anti-nucléaire pur et dur. J'ai accepté le dévelopement de ces centrales à une époque où le choc pétrolier et les premiers constats de pollution dûe à la combustion d'énergies fossiles, nécessitait de trouver des alternatives. Pour moi, cela devait être provisoire et l'axe de recherche devait être pointé vers des énergies renouvelables : biomasse, solaire, éolien, hydroélectricité. Les pouvoirs publics et les industriels français se sont complètement désintéressés de développer ces technologies. D'ailleurs elles ont aussi leurs inconvénients. Construire un barrage dans une vallée de montagnes a des conséquences sur la faune, la flore, l'éco-équilibre. Les éoliennes commencent à montrer leurs inconvénients, dont le premier est le bruit. Leur entretien met en cause leur rendement économique. Le solaire est adapté aux besoins des logements, mais certainement pas à la production d'électricité de masse (combien faudrait-il de panneaux solaires pour alimenter un TGV effectuant le trajet Paris-Lyon ?). D'ailleurs je ne comprends pas qu'en France nous ayons pris tant de retard sur cette énergie, inépuisable, que nos voisins allemands ont tant développée. Et ne me dites pas que les journées sont plus ensoleillées en Allemagne qu'en France...
La solution de production d'énergie, et en particulier d'électricité n'est donc pas simple. Il ne suffit pas de décider que telle ou telle énergie est non polluante. Il est important d'étudier toutes les énergies alternatives, de déterminer leur impact à long terme tant environnemental qu'économique. Mais cela ne suffit pas et ne suffira pas.
Nous constatons, depuis quelques années, que les pics de consommation d'électricité n'ont plus lieu seulement en hiver où après les campagnes d'EDF et d'Areva, les Français se sont convertis au chauffage tout électrique ; mais aussi en été, où les climatiseurs dans les bureaux, et à présent chez les particuliers, tournent à fond !
Voilà un exemple de développement imbécile. Pourquoi plaçons-nous des climatiseurs dans tous les bureaux ? Parce que pour faire joli, pour faire comme en Amérique, nos architectes construisent de beaux bâtiments de verres ! Parce que pour protéger du soleil on imagine un double vitrage avec des stores vénitiens métalliques placés entre les deux vitres, qui emmagasinent la chaleur et la rayonnent vers l'intérieur ! Alors un peu plus de climatisation, donc de consommation électrique pour que les employés n'aient pas trop chaud.
Pourquoi utilisons-nous tant la voiture ? Pour aller faire ses courses au supermarché (théoriquement moins cher), à quelques kilomètres. Pour aller travailler car les transports en commun ne sont pas toujours adaptés. Car les logements s'éloignent des centres villes à cause de l'envol du prix du mètre carré (construction de bureaux obligent et avidité des promoteurs). Parce que l'on concentre le travail dans quelques endroits. La Défense est l'exemple même de la connerie en termes d'urbanisation et de lutte contre les déplacements, donc la pollution due aux transports (je n'évoquerai pas les tours de verres... voir plus haut).
Malgré tout cela nous continuons de créer des zones de bureaux à des kilomètres des lieux d'habitations. Nous continuons de créer des zones commerciales, des temples de la consommation qui suscitent les citoyens de prendre leur voiture pour s'y rendre (on ne ramène pas le contenu d'un caddie dans un sac).
Alors pour résoudre le problème de la diffusion du CO et du CO2 dans l'atmosphère, non seulement il faut réfléchir, et bien réfléchir aux impacts, à de nouvelles productions d'électricité et d'énergies, non polluantes, mais il faut repenser l'urbanisation. Il faut faire en sorte que pour aller travailler, pour aller s'approvisionner, nous n'ayons pas besoin de prendre les transports. Dans une société où le tissu économique est dominé de plus en plus par les services, les employeurs doivent faire confiance à leurs employés, utiliser les technologies de l'information et développer le télétravail. Promouvons le commerce de proximité, aidons les petits commerçants, les supérettes de proximité, qu'ils puissent offrir des articles au même coût que les grandes surfaces !
Nous ne pourrons jamais supprimer les transports. Ce qui est vrai pour les grandes agglomérations ne l'est pas pour la campagne. Les solutions apparemment écologiques, méritent d'être étudiées en profondeur pour déterminer les avantages et les inconvénients. Il n'y a pas de dogme en la matière, pas plus que de solutions parfaites.
Une chose est sûre. Pour diminuer les émanations de gaz carbone, pour diminuer toute autre pollution, nous devons changer nos comportements. Et cela a un coût sur notre confort, sur nos modes de vie. Arrêtons de consommer des tomates en hiver ! Ou elles proviennent de serres consommant énormément d'énergie, ou elle proviennent de pays plus au sud et ont nécessité un transport en avion...
La taxe carbone est une bonne idée. Car c'est en touchant au porte-monnaie que les citoyens feront les efforts pour changer leurs habitudes. Ce n'est pas simple. Il n'est pas possible de demander à l'habitant du fin fond de la Lozère qui doit aller voir son médecin à 20 ou 30 kilomètres, de ne pas utiliser sa voiture. Il est donc primordial que la taxe carbone prenne en compte :
- Les revenus des familles et leur dimension (une famille avec 4 enfants est contrainte d'utiliser un véhicule plus gros qu'un célibataire).
- L'environnement et le lieu de vie, la proximité des services.
Nous vivons sur une poudrière écologique. Je n'ai pas évoqué le problème des pays en voie de développement ou, car il ne faut pas hésiter à continuer d'employer ce terme, les pays du tiers-Monde, les pays pauvres dont on continue de piller les ressources naturelles.
Un développement durable, mais surtout soutenable, passe aussi par le respect de ces pays et la dette que nous avons envers eux sur 200 ans (et plus), de pillage des ressources et de colonisation.
Les pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil, par exemple, aspirent au développement, et pour cela polluent ou déforestent. Pour limiter l'impact, c'est aux pays occidentaux de payer leur dette et de financer les technologies "propres" à mettre en place afin que les pays en voie de développement puissent accéder au confort de vie que nous étalons depuis des lustres, en évitant de contribuer à la mort de notre planète bleue. Nous avons une énorme responsabilité.
Il en est de même avec l'Afrique. Quand mettrons-nous en place les nécessaires actions pour que ce continent, riche de matières premières, riche d'une culture, puisse se subvenir à lui même et se développer en harmonie avec la nature ?
17:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : modem, écologie, voiture électrique, co-développement, pollution, nucléaire, mouvement démocrate |
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Commentaires
Il existe une solution : le localisme.
Ecrit par : yann 35 | 07.09.2009
Excellent article, qui rejoint ma propre pensée sur la question des déplacements.
Ecrit par : KPM | 07.09.2009
Mais tout ça, qui et vrai, renvoie le problème aux calendes. Or contre le réchauffement climatique, il y a urgence et de ce point de vue, qui est crucial (aussi urgent que crucial), favoriser la voiture électrique est une mesure d'urgence et indispensable. Améliorer non comportements etc., c'est du beau langage, très satisfaisant pour l'esprit, mais ça ne fait pas progresser les réalités.
Ecrit par : Hervé Torchet | 07.09.2009
Et, toi, qui n'a pas de voiture, qui habites Paris, tu me le files le fric pour acheter une voiture électrique ? Tu installes les bornes pour la recharger ?
Des belles paroles, peut être, mais ce qu'il faut faire c'est remettre le travail auprès du domicile des travailleurs, comme cela se faisait avant, dans mon enfance !
Ce n'est pas en axant le développement sur la voiture électrique que nous résoudrons le problème. Mais en permettant d'aller travailler sans utiliser de transports, en limitant les déplacements. Et il ne s'agit pas de renvoyer aux calendes, ce que font nos politiques auxquels tu as appartenu...
La réalité on ne la fait pas progresser, on la subit, il faut la changer !
Tu m'expliqueras aussi comment on recycle les batteries, et les déchets nucléaires. S'il faut développer les voitures électriques, qui émanent moins de carbone, il faut surtout faire en sorte que les déplacements se limitent aux vacances et à la visite de la famille, et si possible en transports en commun le plus "propre" possible.
Ecrit par : Michel Hinard | 07.09.2009
Bonjour,
Concernant les économies d'énergies, je propose un système qui permet de climatiser et chauffer tous les véhicules sans consommer d'énergies : http://www.climaverna.com
Cordialement,
C.Verna
Ecrit par : Verna | 08.09.2009
Très largement d'accord avec ton billet. Mais n'oublions pas que tout l'urbanisme s'est développé "grâce" ou "à cause" de la voiture ! C'est le cas des banlieues depuis les années 60 (peut-on imaginer dans banlieues sans voiture, ou sans télévision ?) et c'est le cas de l'urbanisme commercial à la périphérie des villes depuis la fin des années 70.
Mais pour ne pas renvoyer le problème aux calendes grecques (c'est un risque en effet) pourquoi ne pas taxer les différentes usages de la voiture, plutôt que l'essence ?
J'ai avancé une idée que j'aimerais approfondir dans un prochain billet sur mon blog : pourquoi ne pas prélever la taxe carbone sur les places de parking des hypermarchés et des grandes surface, par exemple ?
De même, il ne serait pas absurde de prélever la taxe carbone sur les places de parking payantes. En effet, le parking payant est réservé aux centres villes qui en général, sont très bien desservis par les transports en commun. L'alternative existerait donc bel et bien et l'incitation serait forte si le prix du parking augmentait sensiblement.
L'avantage serait de distinguer l'application de la taxe selon l'usage que l'on fait de sa voiture.
Ecrit par : pierre schweitzer | 13.09.2009
@Pierre,
Concernant les supermarchés, cela risque de pénaliser les moins privilégiés, notamment en province pour ceux qui vivent à la campagne. C'est plutôt sur l'urbanisation qu'il faut porter les efforts. Ce n'est certes pas facile. Mais c'est en recréant des services de proximités, des commerces de proximités et du travail près de chez soi que l'on réduira les déplacements.
Alors pourquoi ne pas taxer les entreprises qui s'installent en région parisienne, et notamment à la Défense. A contrario, il serait intéressant d'aider les entreprises qui favorisent le télétravail. Les groupes de distribution qui se diversifieraient en créant des petits magasins dans les bourgades...
Quant aux centres des villes, certes il y a les transports en commun, mais des efforts importants restent à faire sur les plages horaires. Personnellement j'assiste souvent à des réunions sur PAris. Les trois quart du temps je suis contraint de prendre ma voiture car je n'ai plus de transports pour rentrer chez moi, ou alors qui nécessitent 2 heures au moins. Ce n'est pas gérable lorsque c'est répétitif...
Ecrit par : Michel Hinard | 13.09.2009
C'est tout simplement tendre à faire en sorte que les pauvres n'aient plus les moyens d'utiliser leur voitures.
Les nantis pourront toujours faire passer la douloureuse en frais généraux et autres combines à leur disposition.....
Bonne soirée,
C.Verna
Ecrit par : Verna | 13.09.2009
@ Michel :
Je parlais bien d'une taxation sur les "hypers", ces mastodontes de la consommation situés exclusivement à la périphérie des grandes agglomérations. Concernant les supermarchés, ils sont le plus souvent à l'échelle d'une communauté de communes éloignées des grandes agglomérations. Et quand ils sont situés dans les quartiers, il suffirait d'examiner s'ils sont ou non désservis par les transports en commun... Pourquoi ne pas confier aux communes ou aux régions le soin de faire ce distinguo, comme une donnée supplémentaire intervenant dans la gestion de l'urbanisme commercial ?
J'imagine aussi que les "parking relai" seraient exonérés de cette taxe, de manière à inciter les automobilistes à abandonner leurs voitures à l'entrée des villes et à poursuivre leur route avec les transports en commun.
Cette taxe carbone a été décidée sans concertation véritable, au lendemain du succès d'EE aux Européennes... Dommage. Une taxe plus juste et plus efficace nécessitera forcément des débats moins superficiels que ceux des béni oui-oui de l'"effet prix" qui ont la main sur le rapport de Michel Rocard et celui de Fabienne Keller au Sénat.
Ecrit par : pierre schweitzer | 13.09.2009
Oups, j'ai failli rater le coche ! ;-)
Extrêmement intéressant, Michel, ton billet ! De même que l'invention de Monsieur Verna que je ne connaissais pas.
J'espère qu'il sera aux "4èmes Assises Nationales du Centre-Ville" à Nancy les 22 et 23 octobre prochain. Si tu peux toi-aussi te libérer, tu serais certainement ravi de découvrir que le président de l'association "Centre-Ville en Mouvement" qui ouvrira ces assises n'est autre que Denis Badré, le sénateur MoDem du 92...
En tout cas tu as très bien analysé la situation actuelle. Merci à toi.
Amitiés.
http://www.centre-ville.org/useruploads/files/pre_programme_4%C3%A8mesassises_2009.pdf
Ecrit par : Françoise Boulanger | 03.10.2009
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