17.06.2009

Retraites - Allez ! Bossez braves gens, mais les vieux cons au placard !

Depuis ce week-end, la majorité gouvernementale, forte de sa "victoire" aux européennes ressort un cheval de bataille qu'elle s'était bien gardée d'agîter depuis quelques mois : La retraite à 67 ans !

Mr. Hortefeux tira le premier, suivi par Mr Fillon, tout cela est bien orchestré...


 

Si depuis plus de vingt ans nous savons que la retraite à la française, celle qui privilégie la solidarité républicaine, est soumise à hypothèque, pas un gouvernement n'a réussi à mettre en place les mesures qui pourraient maintenir cette solidarité. Et les déficits filent.... vers des sommets himmalayesque.

En 1988 Michel Rocard avait lancé une étude qui déboucha sur un livre blanc, dont personne ne tenu compte, Rocard (éternel obstacle de Mitterrand), fût viré et le livre blanc proposant des solutions fût jeté aux oubliettes.

En 1995 Alain Juppé essaie de s'attaquer au problème (sept ans de perdus), et souhaite harmoniser les systèmes et par égalité (solidarité ?), s'attaque aux régimes spéciaux... Tôlé général qui aboutira à la dissolution de 1997... Mais sincèrement les régimes spéciaux, établis en des périodes où l'environnement professionel les justifiait, pourquoi certains ne pourraient être révisés ? Un conducteur de train, aujourd"hui, s'il subit un stress important, n'est pas non plus le chauffeur de la locomotive à charbon de la première moitié du XXième siècle.

La gauche reprend les rênes, et des retraites personne ne s'occupent, nous aurons les 35 heures à la place (bonne loi dans les grandes entreprises pour les employés), mais pour les cadres et les PME et TPE, loi inadaptée, et je n'évoquerai pas l'Hôpital public...

Les années suivantes et sous le règne de Chirac, quelques mesurettes, augmentant le temps de cotisations, il n'est pas tenu compte de la pénibilité du travail, ni de ceux qui commencent à travailler tôt.

Retour en arrière, 1981 et avènement de Mitterrand, retraite à 60 ans ! Un leurre, l'âge officiel de la retraite restant fixé à 65 ans. Il est possible de prendre sa retraite à 60 ans si les annuités sont atteintes, et de 37,5 ans ces annuités n'ont cessé d'augmenter au file des années. Quand l'âge de l'entrée dans la vie active est de plus en plus tard, dû aux études, à la difficulté de trouver un emploi, nous voyons bien que pour bénéficier d'une retraite à taux plein nous sommes contraints de travailler de plus en plus longtemps. Mais est-ce un problème ?

Non, si nous continuons d'aller au travail avec entrain, non, si nous sommes en bonne santé. Non car l'espérance de vie augmentait jusqu'à ces derniers temps. Mais pour combien de temps encore et dans quelles conditions ?

Mon père, qui aurait pu décrocher à 60 ans, a travaillé jusqu'à 64,5 ans, à la demande de son patron. Voilà vingt ans qu'il est en retraite et se porte bien. Mais mon père n'a pas connu de travaux très pénibles, même si dans une courte période il fût potentiellement exposé à des environnements industriels générant des maladies, dites professionnelles, comme la silicose.

 

Alors il ne faut pas se voiler la face. Si nous tenons à préserver un système de solidarité pour les retraites, nous devons le faire évoluer. Hortefeux n'avait pas tort en citant les trois leviers sur lesquels agir :

  • cotisations
  • pensions
  • durée du temps de travail et de prise de la retraite

Oui, mais !

Que constatons-nous depuis des décennies ? Que les quinquas sont systématiquement évincés des entreprises... Que les plans de préretraites sont mis en œuvre par le patronat ! Un quinquagénaire coûte trop cher, semble-t-il  aux yeux de ces patrons,  ils sont improductifs, et tout est fait pour virer les quinquas des entreprises !

Alors pourquoi allonger l'âge de la retraite si l'on souhaite écarter les acteurs avant l'âge ? Peu importe au Medef, les PDG passent allègrement l'âge légal de la retraite (65 ans), et continuent de présider des entreprises, de participer à des Conseils d'Administration, etc... Bien leur en soi..

L'allongement de la vie permet d'être actif plus longtemps, et pour cela, en fonction de la pénibilité du métier exercé, nous pouvons concevoir de travailler plus longtemps.

Mais certaines professions sont génératrices d'une usure prématurée de l'état de santé. Certains d'entre nous, même si c'est plus rare qu'il y a  trente ans, commencent à travailler plus tôt que d'autres, donc cotisent plus tôt.

Des 3 leviers sur lesquels nous pouvons agir il me semble que, par solidarité, nous ne pouvons pas jouer sur le montant des pensions, ou plutôt nous ne devrions pas augmenter le minimum vieillesse.

Alors c'est sur la cotisation et la durée de travail que nous pouvons faire varier les paramètres.

Chaque salarié le sait bien, augmenter les cotisations en ces temps de crises où, pour la plupart d'entre nous les salaires sont bloqués, ne peut être une solution.

Reste le temps de cotisation. Comme je l'indiquais l'espérance de vie augmente, nous sommes plus efficaces plus longtemps. Donc l'allongement de la durée de travail parait être le levier sur lequel agir. Ce que propose Messieurs Hortefeux et Fillon.

Mais que constatons-nous dans les entreprises ? Qu'à moins de cinquante ans vous n'êtes déjà plus bon à rien ! Que l'on cherche à vous virer !

Alors allonger l'âge de la retraite, pourquoi pas ? Mais que le Medef et les organisations patronales assument et acceptent dans leurs rangs des femmes et des hommes expérimentés et âgés...

Quand le Medef acceptera de retenir les salariés âgés, de ne pas les montrer du doigt passé 45 ans, alors peut être pourrons nous allonger l'âge de la retraite !

Quand le Medef acceptera d'aménager le temps de travail des plus anciens, au delà de soixante ans, alors peut être pourrons-nous imaginer une mise à la retraite progressive, permettant que les plus anciens transmettent aux plus jeunes, en imaginant un temps partiel à partir de 60 ans ?

Quand le Medef prendra réellement en compte la pénibilité des métiers, alors pourrons-nous examiner l'allongement des années de cotisations.

 

 

Trackbacks

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Commentaires

« pas un gouvernement n'a réussi à mettre en place les mesures qui pourraient maintenir cette solidarité »

Il faut arrêter de rire un peu !?! La seule mesure possible est une plus juste répartition des richesses. Ce n’est pas l’emploi (et les cotisations que çà engendre) qui est la solution, car être employé, c’est produire et produire n’a de sens que si cette production est vendu (dans la logique économique actuelle). Mais pour se faire, il faut que dans nos bas de laine il y ait des pépettes, et le montant de ces pépettes, qui le décide ? Qu’on le veuille ou non, actuellement ce sont les patrons (je précise que je n’ai aucune animosité envers eux, envers leur rôle dans une société, mais je ne peux approuver, cautionner ou défendre la logique économique et sociale qu’ils entretiennent). Les gouvernants, comme nous, savent pertinemment où sont les richesses (monétaires) et s’ils désiraient réellement faire de la retraite à 60 ans une priorité sociale absolue (ou à 50, 55 ans), ils feraient le nécessaire dans ce sens. Mais nous ne sommes plus au temps des rois où le pouvoir était avant tout éminemment politique. Aujourd’hui le pouvoir économique (et sa logique du bénéfice) a pris le relais. De même nous ne sommes plus dans l’avant-guerre (1945) où il s’agissait uniquement pour les entrepreneurs de produire à partir de carnets de commandes, car les industrielles et entrepreneurs actuels sont dans la seule logique de "PRODUIRE pour uniquement PRODUIRE", le but affiché étant évidemment de vendre toujours plus et plus (on fabrique d'abord et après on trouve un moyen de vendre tout ce que l'on a produit sans avoir eu de commandes)(de là les promos par exemple afin d’écouler les stocks)( c'est là aussi qu'intervient la pub et la fameuse, mais si vraie, création de besoin)(un bien bel outil de propagande, çà aurait plus à un Goebbels) (donc merci la pub et aux médias qui la diffusent et tant pis pour nous, car l'immense majorité d'entre nous préfère rester scotchée à son petit écran lors de la diffusion de clips publicitaires).
Seulement, produire est un investissement et si le volume des ventes n'est pas suffisant pour amortir cet investissement et engranger les bénéfices escomptés (ces fameux bénéfices que tous les grands patrons s'engagent à récolter auprès de leurs actionnaires), alors le choix des patrons et personnalités politiques actuels est de rogner sur les salaires (qui est également un autre investissement de l'entreprise).

Associer, lier et ne faire dépendre que de l’emploi la pérennité de l’âge de départ à la retraite et les conditions de cette dernière est, à mon humble avis, une erreur de perspective (dans la situation économique actuelle). Pour distribuer l’argent que cela nécessite, il faut bien le prendre quelque part, et si les cotisations des salariés ne suffisent plus (ce qui n’était pas le cas après-guerre et jusqu’au années 70), nous savons tous et toutes, sans exception, où l’état peut se servir. C’est un choix politique comme un autre, pas plus fou que ceux qui nous ont été dispensé depuis Mitterand en la matière, mais il nécessiterait une telle révolution de nos mentalités (quant au but, au sens d’une société et de notre place individuelle dans cette dernière), qu’il faudrait remettre à plat et revisiter pas mal de nos valeurs (à commencer par la logique hiérarchique de nos rapports humains, une logique de dominants/dominés, de plus/moins au sein des groupes où nous évoluons, qu’ils soient familiaux, professionnels ou autres). Cette logique qui nous régit est la base, le socle, l’uniquement fondement de tout pouvoir et au sein d’un tel système, parce que nous sommes ce que nous sommes (de simples humains voyant essentiellement, primitivement et naturellement midi à notre porte), il n’est pas étonnant que ceux ou celles qui ont le pouvoir grâce à un système donné n’aient qu’une envie, un seul but : celui de l’entretenir et de le faire perdurer, même si c’est au détriment d’un certain nombre.
A travers ton texte, je remarque également que tu fais souvent allusion à notre durée de vie. En ce qui me concerne, je m’interroge encore sur cette « finalité ». Certes nous ne sommes pas « programmés » génétiquement pour rechercher la mort, c’est même plutôt le contraire. Cependant, parce qu’à partir d’un certain âge nos facultés physiques et psychiques décroissent jusqu’à nous faire devenir à nouveau complètement dépendant d’autrui (comme les bébés que nous fûmes), je n’y vois rien d’attrayant à priori. Mais bon, peut-être que lorsque viendra mon tour, je verrai la chose différement…

Ecrit par : hicham | 17.06.2009

Bien sûr le vieillissement démographique est une tendance lourde de la société française et pour une fois je ne citerai pas de chiffres.
Je suis contre cet allongement , puisque je consntate que 58% des séniors sont remerciés et que plus de 20% des jeunes sont chômeurs.On aurait pu financer même au-delà de 2020 40 annuités à taux plein même 37.5 à taux plein car on peut trouver ce manque d'argent ailleurs,on va dire 0.7 du PIB pour arrondir .Si le solde cumulé du fonds solidarité viellesse ne cesse de se dégrader depuis 2002 et bien on a qu'à être plus regardant sur la faude à la TVA en Europe,on trouvera le financement avec ou sans Hortefeux...

Pierre

Ecrit par : ulm pierre | 17.06.2009

Merci Michel d'évoquer le sujet des retraites dans ton blog.
Je ne partage pas ton analyse à ce sujet lorsque tu évoques trois leviers: cotisations pensions et durée du temps de travail et prise de la retraite.
En assimilant cotisations et financement tu soutiens la vieille théorie comme quoi les pensions versées sont des salaires différés.
En tant qu'adhérent MoDem, je suis partisan de la hiérarchie des revenus issus d'une activité économique , mais lorsque la personne sort du monde productif son revenu n'est plus du à l'économie de marché, mais à l'économie de solidarité et dans ce cas le principe est "A CHACUN SELON SES BESOINS ET DE CHACUN SELON SA POSSIBILITE".

Nous devons nous orienter vers un montant de pension identique pour tous, assurant une vie décente, libre à chacun, si l'on veut augmenter son pouvoir d'achat à rester dans
le monde productif ou assurer un revenu supplèmentaire par des placements avec la prise de risque qui lui est associée.

En raisonnant ainsi, on t'attaque aux privilèges, et la vieille droite, dont l'ancienne UDF, ne manquera pas de crier "aux fous" et "aux voleurs"

Michel magrès nos différences d'approche, tu gardes toute mon estime , et je salue ton courage.
Vaste débat... à suivre....
Claude

Ecrit par : aubry | 30.06.2009

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