19.08.2008

Neil Young à Colmar, un beau cadeau

Ma fille m’a offert, pour mes 48 ans, une place de concert de Neil Young qui s’est produit à Colmar le 15 août.

Train qui part à 8h24 de la gare de l’Est, dur, dur pour un 15 aout.
Je fais un petit somme, une fois le TGV passé au niveau de chez ma fille (Charny - 77).
Je me réveille au moment où le TGV quitte la ligne à grande vitesse, le reste du voyage jusqu'à Strasbourg paraît long, même si la traversée du massif des Vosges est belle. Nous longeons un moment le canal de la Marne au Rhin. Passé Saverne nous descendons sur la plaine d'Alsace. A Strasbourg, pas le temps de flâner, le train pour Colmar part dix minutes plus tard.
40 minutes pour rejoindre la capitale des vins d'Alsace dans un omnibus. Qui a dit que les trains ne s'arrêtaient plus dans les petits villages ? Des familles montent dans le train pour se rendre à Colmar, ou Mulhouse, et passer ce 15 août entre amis ou avec des parents. Je constate que le charme des tortillards n’est pas révolu, voilà une bonne démarche de service public à l'initiative de la région Alsace et de la SNCF.

Arrivée à Colmar. Beaucoup de jeunes descendent du train, comme moi, ils cherchent un moyen de transport pour se rendre vers le Parc des expositions, l’hôtel que j’ai réservé en est proche. Je sympathise avec trois d'entre eux, 1 Boulonnais et ses 2 copines anglaises. C'est un fan de Neil Young il a assisté à son spectacle au Grand Rex. Nous galérons pour trouver un bus (les arrêts ont été déplacés pour cause de travaux et leur fréquence est faible – 1 par heure). Une dame d'un âge avancé râle après la compagnie de bus. Un groupe de retraitées attend impatiemment le bus, elles sont pressées de se rendre à la foire aux vins. Après 3/4 d'heures d'attente arrive enfin le bus libérateur.
La dame, qui râlait, met l'ambiance dans le bus, elle a de la gouaille ! Elle raconte qu’elle se produit dans les concours de dance dans le cadre de la foire, et notamment de rock (j'évalue son âge à pas loin de 70 ans !).

Le bus, en ce 15 août ne fais pas le circuit habituel. Il nous dépose à l'entrée du Parc des expositions. Renseignements pris il faut se taper presque 2 kilomètres à pieds pour rejoindre l'hôtel avec la valise, et pas de trottoirs nous sommes contraints de marcher sur la route ( on the road again). Je laisse les trois jeunes à leur hôtel, le mien est quelques centaines de mètres plus loin. Je passe le rond-point où trône une réplique en résine de la statue de la Liberté de Bartholdi (ce dernier est né et a vécu à Colmar). OUFFF. Hôtel, repas et petit somme de deux heures dans l’après-midi. Je me réveille vers 16h30. Je m’équipe de mon coupe-vent orange (le concert se joue au théâtre de plein air et s’il ne pleut pas, le ciel est menaçant). Je vérifie que j’ai mon billet et file à pieds vers la foire exposition tout en admirant la ligne bleue des Vosges (vue du côté alsacien). J’ai laissé mon appareil photos chez moi pensant qu’ils sont interdits dans la salle de concert, et je ne souhaitais pas le laisser dans la chambre d’hôtel. Je vais le regretter tout le week-end.

Je flâne dans la foire sans consommer, fais la queue au seul distributeur de billet du site pendant une vingtaine de minutes, ce qui me permet d’engager la conversation avec deux étudiants venus de Strasbourg (l’un est Breton, l’autre est Brésilien), qui viennent voir Neil Young mais aussi goûter à un maximum de vins d’Alsace.

Euros en poche je ressors et entend Child In Time. Tiens Deep Purple serait en Off à la Foire aux Vins ? Non, si c’est bien Deep Purple et la version de Made in Japan de Child in Time, en fait il s’agit d’un sculpteur sur bois, à la tronçonneuse. Le temps de la chanson il sculpte une statue, à l‘aide de différentes tronçonneuses (il les change en fonction des phases du morceau). C’est impressionnant, tant par sa dextérité que pour l’effort physique ou son jeu de scène. A la fin de la chanson la sculpture est achevée. Elle exprime ce que représente Child In Time pour le sculpteur.

Un petit sandwich aux merguez et une bière avant le concert, je laisse les premiers spectateurs s’agglutinés devant l’entrée du Théâtre de Plein Air. Pas envie de poiroter pendant deux heures dans la file d’attente. Je continue ma ballade et me place dans la file d’attente lorsque les premiers spectateurs peuvent entrer vers 19h00. Beaucoup de jeunes, mais plus nombreux sont les quadras, quinquas, sexas et même septuagénaires ! Plutôt normal, Neil Young aura 63 ans en novembre prochain. Beaucoup d’Allemands, de Suisses sont présents. Certains quinquas arborent des chemises à carreaux et des Stetsons, on sent les fans de Neil Young, qui s’habillaient souvent ainsi.
Le Théâtre de Plein Air est en grande partie couvert d’un toit, et le fond est garni de tôles. En fait, sauf sur les côtés, la grande partie du théâtre est protégée de la pluie.

La fosse (relativement petite), n’est pas encore pleine lorsque je rentre, mais je n’ai pas envie de passer quatre heures debout. J’allais m’asseoir juste avant la fosse lorsque j’aperçois les panneaux d’interdiction de fumer. Je repère des issues de secours sans portes, tout en haut du Théâtre. Comme il y a des écrans de retransmissions (qui fonctionneront assez mal), je décide de m’asseoir tout en haut près d’une issue de secours. Ainsi je pourrai sortir fumer sans perdre une miette du spectacle.

La Scène est jonchée d’amplis, de retours de son, d’instruments : 2 batteries, un piano à queue jaune et rose, un orgue hammond, un harmonium, un truc qui clignote (genre synthétiseur), et qui s’avèrera être un xylophone. Aucune guitare sur scène. En fond de scène tout un tas de bric à braque, dont un chevalet de peintre. Un autre chevalet se trouve à l’avant droit de la scène. Je comprendrais plus tard leur utilité.
Dans l’après-midi j’ai appelé ma fille et ma mère pour leur souhaiter leur fête. Mais, je tiens à remercier de nouveau ma fille pour le cadeau qu’elle m’a fait et tiens à lui décrire la scène.


Au moment où j'appelle ma fille, Rodolphe Burger entame la première partie du concert, je lui fais profiter de quelques instants de musique.

Nini, que j'avais essayé de joindre quelques minutes plus tôt m'appelle. Je m'éclipse de ma place et échange avec elle quelques nouvelles sur le MoDem parisien. Elle est à la Baule sous le Soleil. Je la quitte pour retrouver Rodolphe Burger. Il a du talent. Première partie de qualité, contrairement à celle d'il y a quinze ans (Pornos of Pyros) au Zénith de Paris, j'eusse préféré Alanis Morissette qui avait accompagné une partie de la tournée de Neil cette année là. Mais ce soir je ne suis pas déçu..



Neil Young en concert à la Foire aux vins
envoyé par dna_web

Rodolphe Burger

21h02 Neil entre en scène, costume de toile sombre orné de quelques arabesques brillantes sous un délire d'applaudissements et de sifflets. Ses cheveux devenus argentés, peignés en arrière tombent dans le cou et laissent apparaître une calvitie plus que naissante. Il entame, avec sa Les Paul noire légendaire, Love and Only Love, accompagné de son vieux complice Ben Keith qui joue sur une Telecaster, de Rick Rosa à la basse et Chad Cromwell à la batterie. Chanson créée avec le Crazy Horses en 1990 sur l’album Ragged Glory. Un roadie pose un tableau sur le chevalet placé au devant de la scène, il en changera à chaque chanson. En fait il s’agit d’œuvres censées représenter les chansons, quelques-unes portent le titre du morceau joué, mais pas toutes. Et pendant ce temps, sur le chevalet au fond de la scène, un artiste, Eric Johnson, peint d’autres tableaux.

Neil Young enchaîne avec le légendaire ‘My, My, Hey Hey’ de l’album ‘Rust Never Sleeps’ (toujours enregistré avec le Crazy Horses en 1979). Guitares distordues, soli impeccables et final …sans fin. L’hommage au King et à Johnny Rotten : Rock and Roll will never die ! Le rejoignent sur scène, aux chœurs, pour cette chanson, Pegi Young (sa femme), et Anthony Crawford.

Ma voisine (une quinqua), n’a pas l’air emballée, elle n’applaudit pas. Les Allemands assis devant moi ont l’air sous le charme. Sur ma droite trois jeunes dont le père de l’un (assis trois rangées plus basses), a dû les initier à Neil Young commencent à prendre leurs pieds. A la fin du concert, celui placé juste à côté de moi sera très enthousiaste.

La période « Crazy » ne s’achève pas, c’est avec ‘Everybody knows this is nowhere’ que continue le concert (chanson éponyme du second album de Neil Young qu’il enregistra, pour la première fois, avec le Crazy Horse en 1969). Pegi et Anthony sont très bons pour les chœurs, soutenus par Ben Keith.

Puis une quatrième chanson enregistrée originalement avec le Crazy Horse ‘Powderfinger’ (de l’album Rust Never Sleeps’.) Comme pour chaque fin de chanson, les spectateurs applaudissent et ovationnent, croyant le morceau fini, mais Neil fait durer les finaux, quelques fois pendant 2 à 3 minutes dans des effets de Larsen et de distorsion.


Neil prend enfin la parole, nous salue et nous remercie d’être si nombreux ce soir. Il change de guitare, Larry Cragg amène à Neil Young une Les Paul plus récente et il joue ‘Spirit Road’. Ce sera le seul extrait de son dernier album ‘Chrome Dreams II’, interprété ce soir.

Neil reprend sa vieille Gibson et à la première note de la première mesure j’explose de joie : Cortez The Killer (Zuma 1975), il enchaine sur Cinnamon Girl (original sur ‘Everybody Knows This Is Nowhere’).

La période calme et acoustique du concert commence par ‘Oh Lonesome Me’ et s’enchaine sur Mother Earth où Neil joue seul à l’harmonium. Cela me rappelle la version de ‘Like a Hurricane’ sur l’enregistrement 'Unplugged' de l’émission de MTV. Neil redescend du haut de la scène prend la guitare folk que lui tend Larry (j’étais trop loin pour distinguer le modèle), et entame, seul, ‘The Needle And The Damage Done’. Tonnerre d’applaudissements, ceux qui étaient venus écouter le Neil Young d’Harvest (1972) sont aux anges (les autres aussi), ma voisine de gauche applaudit enfin ! Neil Young n’a pas perdu sa voix pendant toutes ces années. Il présente les musiciens. D’Harvest, nous faisons un bond dans le temps de vingt ans avec ‘Unknown Legend’ (Harvest Moon – 1992), certainement un clin d’œil entre ces deux albums.

Magnifiquement interprétée au piano, ‘Wrecking Ball’ (Album Freedom – 1989), puis retour à l’année 1972 avec des interprétations excellentes de ‘Heart Of Gold’ et ‘Old Man’. L’assistance est comblée et moi je chante, les paroles me reviennent instantanément.

Neil Young emmanche de nouveau sa Gibson Les Paul noire (je crois que c’est un modèle des années trente, le même que celle que David Gilmour utilisait en 2000 et 2006), et entame une nouvelle chanson, inédite sur disque : ‘Just Singin A Song  Won’t Change The World’. Et ce n’est pas fini pour les surprises puisqu’il nous produit une nouvelle chanson ‘See Change’. A la fin Neil Young indique que lui et ses musiciens ont besoin de pratiquer cette chanson, ils l’interprètent une seconde fois (voir video).

Un accord de La mineur suivi d’un Ré majeur, et je sens que la fin est proche car voici Cowgirl in The Sand, un monument en concert. Sur l’enregistrement original (Everybody Knows This Is Nowhere – 1969), elle était déjà relativement longue, en concert il prolonge ses soli. A Colmar, il a même rechanté le premier couplet entre le 2nd et le troisième. Là encore sa voix est parfaite, il arrive toujours à monter dans les aigus, là où moi je suis contraint désormais de redescendre d’une octave !  Les Allemands devant moi, restés calmes tout au long de la soirée, se roulent et fument un pétard. Entre un quart d’heure vingt minute de ce morceau mythique et c’est la fin. Neil Young salue la foule, Ben Keith pose sa Telecaster, Rick Rosas, sa basse. Tonnerre d’applaudissements, les personnes, restées debout derrière moi, frappent les tôles du théâtre.

Faux départ, chacun reprend son instrument et ils entament la version électrique de ‘Rockin’ The Free World’ (Freedom – 1989). La foule est debout et manifeste son enthousiasme.

Après un interminable final, à la Neil Young, le groupe quitte la scène, la « salle » est en délire. Après quelques minutes d'un chahut infernal, Neil revient avec les musiciens, ils nous gratifient d'une magnifique reprise de 'A day in the life' des Beatles (chanson que ces derniers n’ont jamais jouée en concert). Il conclut par un interminable final, splendide, en cassant les cordes de sa Les Paul et en la cognant au sol, frappant les cordes devenues libres sur les micros de la guitare produisant ainsi des sons inouïs. Là c’est vraiment la fin.

Nous ressentions un plaisir évident chez Neil, Pegi, Ben, Rick, Chad et Anthony de jouer ce soir. Et les quelques 7500 spectateurs présents, le partageaient et étaient aux nues ! Pratiquement deux heures et demie d’un concert phénoménal !

Neil Young : Chant, Guitare, Harmonica, Piano, Harmonium
Ben Keith : Chœurs, Guitare, Pedal Steel Guitar, Banjo, Orgue
Pegi Young : Chœurs, Piano, Xylophone, Percussions
Anthony Crawford : Chœurs, Guitare, Piano, Percussions
Rick Rosas : Basse
Chad Cromwell : Batterie


Je ressors rapidement de la "salle", flâne un peu dans la foire et retrouve les trois jeunes du matin. Nous confrontons nos impressions, mais surtout la liste des morceaux joués, et nous sommes secs pour deux d’entre eux. Evidemment puisqu’ils étaient nouveaux. Ce n’est que rentré chez moi et sur Internet que je découvrirais qu’il s’agit de nouvelles chansons. Nous repartons à pieds vers nos hôtels. Je les abandonne à l’entrée de la Foire où ils s’arrêtent pour acheter des Tee-shirts de la tournée (à moitié prix de ceux vendus dans le Théâtre).

Samedi, après une bonne nuit sans rêves je quitte l’hôtel et reprend la marche pour, visiter le centre de Colmar. Je regrette ne pas avoir emporté mon appareil photo. Il fait beau. Je m'installe à la terrasse d'une brasserie, place de la Cathédrale, pour siroter un café et commencer de rédiger cet article sur mon Blackberry. La ville est envahie par les touristes, dont un certain nombre arbore des tee-shirts à l'effigie de Neil Young.
Les carrioles à cheval et les petits trains se disputent le quartier aux piétons.

Déjeuner en terrasse de la brasserie du Musée, place des Martyrs de la Résistance : un Beackoffe (prononcez békofeu ou Békofa). Potée de viandes de porc marinées dans du vin blanc accompagnée de pommes de terre et carottes, très léger pour l'été ! Un petit quart de Pineau noir d’Alsace, servi légèrement frais, mais pas trop pour ne pas le casser. Problème, les guêpes qui souhaitaient s'inviter dans mon plat.

Un café et retour en flânant vers la gare.

Je remarque que la municipalité de Colmar a de l’humour intelligent. En effet sur les places de stationnement réservées aux handicapés, est inscrit au sol : « Vous prenez ma place, prenez aussi mon handicap ».

Arrivée en avance à la gare, je déguste un demi en terrasse, quand j'aperçois deux des jeunes gens avec qui j'avais galéré pour le bus. Je les invite à partager un pot et nous discutons musique. Matthieu ira à Rock en Scène voir notamment REM. Je me demande si je ne vais pas essayer d'assister au moins à leur concert.

15h01, je quitte Colmar et m’en retourne vers Paris, les yeux et les oreilles pleins d’images et de jolis sons !

Au fait, Neil Young, bien que citoyen canadien, est un fervent supporter de Barack Obama. Definitively Rock & Roll will never die !

 


extraits

A day in the life

Love to burn ?

Lonesome me

Powderfinger

Heart of gold

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Commentaires

Joli billet , ma foi !
J étais également à ce concert vendredi soir en provenance de Strasbourg, c est nettement moins loin .
Et perso j aurai 48 ans en octobre ;-)
J étais également au Grand Rex, et méme au concert de Lyon en juin .
En tout cas, merci pour ce récit intéressant du concert !

Ecrit par : Crizamb | 18.08.2008

@ Les cordes...


Toujours jeune ce Young,il porte bien son nom.Moi aussi je m'interesse aux instruments de trés prés et surtout à cordes dont le piano.

Je vois qu'il a une Gibson Les Paul ,si c'est les premiéres effectivement c'est 52-53.Elle n'a pas trop marché au début et je crois qu'il y a la custom aprés.

En tout cas Keith Richards a joué avec la custom 3 micros Black Beauty si mes souvenirs sont bons...

Pierre

Ecrit par : uilm pierre | 20.08.2008

Salut MH

Merci de l'info figaresque (j'avais pô vu)...je t'ai tagué chez moi pour la chaîne 123...vients voir !

Ecrit par : Leroy-Morin | 01.09.2008

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